Vincennes touche le 12e arrondissement de Paris et borde le bois du même nom, et cette position a produit une commune dense, construite pour l’essentiel entre la fin du dix-neuvième siècle et les années trente. Mais elle ne s’est pas construite d’un bloc. L’avenue de Paris — l’axe historique qui traverse la ville de la porte de Vincennes jusqu’à l’hôtel de ville — est bordée d’immeubles de rapport à l’échelle haussmannienne, quatre à six étages, pierre de taille ou meulière enduite, persiennes métalliques repliables en tableau comme dans les arrondissements voisins.
En s’écartant de cet axe, le bâti change de nature. Les rues pavillonnaires portent des maisons en pierre meulière, ce moellon irrégulier à la surface bosselée très employé dans la petite couronne entre 1880 et 1930, faute de carrière de taille à proximité et parce qu’il coûtait moins cher que la pierre appareillée. Ces maisons ont des volets bois, le plus souvent battants à deux vantaux pleins, parfois persiennés, jamais la persienne métallique repliable de l’immeuble de rapport.
La conséquence est directe pour qui fait établir un devis : un vantail métallique replié dans une embrasure de pierre et un volet bois posé en applique sur un linteau de meulière ne se traitent pas de la même façon, ne se décapent pas avec le même procédé et ne coûtent pas le même prix à reprendre. Je le vérifie à la visite plutôt que de le supposer au téléphone.
L’arrivée du métro n’y est pas pour rien. La ligne 1 atteint son terminus à Château de Vincennes depuis les années trente, et une desserte de ce type accélère toujours la construction bourgeoise autour de son tracé : plus une commune se rapproche de Paris en temps de trajet, plus son bâti d’avant-guerre ressemble à celui de la capitale, persiennes métalliques comprises. C’est ce mécanisme, plus que la seule proximité géographique, qui explique pourquoi l’avenue de Paris ressemble davantage au 12e arrondissement voisin qu’aux communes de grande couronne.