Le gabarit haussmannien n’est pas qu’une affaire de style : il a été imposé par le règlement d’urbanisme de l’époque, et c’est ce qui donne aux rues du 8e leur régularité. Hauteur alignée d’un immeuble à l’autre, étage noble au deuxième avec son balcon filant, second balcon au cinquième, comble à la Mansart au-dessus de la corniche.
Pour un chantier de volets, cette régularité est d’abord une bonne nouvelle. Les baies d’un même niveau sont souvent identiques, les vantaux interchangeables au sein d’une travée, et le repérage va plus vite qu’il n’irait sur un bâti hétérogène. Le relevé se lit facilement, et le phasage par niveau devient naturel.
Elle a en revanche une conséquence esthétique impitoyable. Sur une façade dont l’œil attend la répétition, la moindre rupture se voit. Un vantail plus clair que ses voisins, un alignement approximatif à la repose, un balcon filant dont les volets ne sont pas au même stade : tout cela se remarque depuis le trottoir d’en face, alors que la même irrégularité passerait inaperçue sur une rue de faubourg.
Les immeubles d’angle à pan coupé méritent une attention particulière et je le répète parce que c’est une source classique de mauvaise surprise : leurs baies sont souvent plus étroites et leurs vantaux dessinés spécifiquement pour le pan. Ils ne sont pas interchangeables avec ceux des travées voisines, et un repérage qui ne le note pas prépare une repose impossible.
Un mot, enfin, sur ce qu’on trouve réellement derrière ces façades. Le 8e est le domaine de la persienne métallique repliable en tableau, dans les verts sombres d’usage : très peu de volets bois sur rue, et presque aucune fantaisie de dessin. C’est le même vocabulaire qu’à la Plaine Monceau, de l’autre côté du boulevard de Courcelles, dans le 17e — les deux quartiers ayant été tracés dans le même mouvement, ils demandent la même exigence de finition.